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Poutès, la rapport Philippart de juillet 2009

Poutès, la rapport Philippart

On va donc peut-être détruire les barrages de la Sélune : parfait. Mais si on pouvait aussi détruire celui de Poutès pour redonner un peu de liberté aux saumons de l’Allier, ce serait encore mieux.

C’est ce que dit le rapport que le Meeddat (aujourd’hui le Meeddem, le Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer) a commandé à Jean-Claude PHILIPPART, Professeur à l’Univer-sité de Liège, rapport qui a été rendu en juillet 2009.

Poutès est un barrage qui était déjà vieux avant d’être construit et qui prive l’Allier de la moitié de ses frayères naturelles, excusez du peu ! Ce ne sont pourtant pas les voix qui manquent pour le crier, et ce rapport énumère les multiples intervenants qui ont leur mot à dire pour protester, parfois trop mollement hélas, contre le maintien du barrage. Le saumon de l’Allier, une souche génétiquement unique, fait partie de notre patrimoine et de notre biodiversité, ce à quoi la construction du barrage en 1941 a porté un coup presque mortel, et ce ne sont pas les passes de 1984 (dévalaison) et de 1986 (mon-taison) qui ont renversé la situation.

L’analyse de l’évolution démographique misérable du peuple migrateur durant l’après-guerre en témoigne, malgré toutes les mesures qui furent prises pour assurer sa protection, dont l’interdiction de la pêche : il n’y a aujourd’hui pas plus de 500 géniteurs dans l’Allier.

L’impact de Poutès (17 mètres de haut), c’est une grave per-turbation de la migration anadrome des géniteurs empêchés d’atteindre les frayères, une dévalaison des smolts très incertaine, et la dégradation de l’habitat dans le vieil Allier, malgré des aménagements peu convaincants : tout cela est fort bien expliqué dans le rapport PHILIPPART qui développe également les trop nombreuses autres causes qui menacent l’existence du saumon en Loire, notamment le bouchon vaseux, car il n’y a pas que Poutès !

Pour éviter à tout prix de démanteler Poutès, Electricité de France (EDF) propose deux types d’aménagements qui sont d’ailleurs la preuve que la nocivité du barrage est évidente pour tout le monde.

Un premier projet consiste à baisser l’eau du barrage en ouvrant les vannes, et ce, pendant la dévalaison des smolts. On en profiterait pour réaménager l’échelle et optimiser le cycle des « éclusées », tout cela pendant dix ans. Après quoi, on en rediscuterait, car les avis sont partagés quant aux conséquences, bonnes ou mauvaises, de ce premier projet.

Selon le deuxième projet, on araserait le barrage en créant un seuil effaçable grâce à une rehausse gonflable - il paraît que cela se fait déjà - qui conduirait l’eau vers une prise d’eau latérale, le dispositif étant manœuvré selon des modalités compliquées variant avec le débit de l’Allier. La hauteur de franchissement serait divisée par dix et la retenue d’eau réduite à sa plus simple expression, ce qui limiterait la rétention des sédiments et libérerait des frayères. Evidemment, la production d’électricité en souffrirait. Hélas ! Il n’est pas dit que la gestion de ces aménagements nouveaux sera facile, le nettoyage des prises d’eau par exemple, ni qu’un barrage, petit au départ, ne deviendra pas grand à la fin des travaux etc... Et tout cela coûte cher !

Les projets d’EDF, séduisants car nouveaux, pourraient bien se rapprocher des limites du fumeux. Le plus simple ne serait-il pas de détruire Poutès purement et simplement ?

Ce que ne dit pas le rapport PHILIPPART, c’est que le gros argument pour le maintien du barrage est le confort financier qu’il apporte aux communes d’implantation grâce à la taxe professionnelle. Or, cette taxe vient d’être supprimée...

Frédéric Mazeaud

Depuis l’année 2008, la décision a été prise d’arrêter tout alevinage sur une zone sanctuaire de l’Allier en amont de Langeac. Elle devient ainsi strictement réservée à la reproduction naturelle, avec un suivi scientifique de cette petite population sauvage du haut Allier, dernière forme survivante en Europe occidentale d’un grand saumon capable d’effectuer une migration de reproduction en rivière sur une distance de près de 1.000 km.