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Devenir des barrages de Vezins et de La-Roche-qui-Boit, intervention de Jean ALLARDI, le 19 juin à Céaux

Intervention de Jean ALLARDI, Président de l’AIDSA, à la conférence de Céaux du 19 juin 2009 : Que faire des barrages de Vezins et de La-Roche-qui-Boit ?

L’AIDSA, Association internationale de défense du Saumon Atlantique, a aujourd’hui 51 ans, elle a vu le jour en 1958 sous le nom originel d’Association nationale pour la défense des rivières à Saumon (ANDRS). Si cette appellation permettait la défense des rivières à saumons fréquentées par un grand nombre d’espèces de poissons (truite, ombre, chabot, vairon, loche, anguille etc.), elle ne tenait pas compte de toute la partie du cycle du saumon atlantique qui se déroule en mer au cours de deux migrations essentielles de plusieurs milliers de kilomètres.

Aujourd’hui l’AIDSA a pour but :

-  Prendre, soutenir, coordonner toutes initiatives propres à favoriser le séjour du saumon atlantique (Salmo salar) en eau douce.

-  Veiller en accord avec les organisations nationales et internationales intéressées, à l’élaboration de toutes les réglementations édictées dans le but de protéger tant en eau salée qu’en eau douce, cette espèce menacée de disparition.

-  A étudier les possibilités de co-existence du saumon avec les autres espèces de salmonidés migrateurs.

Association loi de 1901 reconnue d’utilité publique en 1985, nous avons donc une légitimité ancienne à intervenir et à défendre le saumon atlantique.

En reprenant une vieille citation de M. BACHELIER, sur ses routes migratoires le saumon atlantique rencontre trois types d’obstacles :

-  Les obstacles physiques c’est-à-dire essentiellement les barrages de toutes natures,
-  Les obstacles chimiques c’est-à-dire les pollutions de toutes natures,
-  Enfin les obstacles administratifs.

Lorsque l’administration attribue à un pétitionnaire une concession pour l’aménagement d’une usine hydroélectrique, elle le fait pour une durée limitée qui peut être renouvelée une ou plusieurs fois. Cette autorisation est accompagnée d’un cahier des charges qui définit les obligations du pétitionnaire.

Le comportement du public, vis-à-vis des barrages, au cours du demi siècle passé est particulièrement intéressant à regarder :

Dans les années 50 le barrage de Génissiat sur le Rhône, inauguré en 1947, était presque un lieu de passage obligatoire pour les touristes se rendant dans les Alpes ou dans le sud de la France. Ce grand barrage était symbolique, il marquait la reprise de l’activité économique après la deuxième guerre mondiale. Avec les aménagements de Donzère Mondragon, il marquait le début de l’automatisation du Rhône ... et la forte régression des aloses sur ce fleuve.

En 1952, la construction du barrage de TIGNES reste marquée par le résistance administrative puis physique des TIGNARDS qui jusqu’au dernier moment se sont opposés à la construction du barrage. C’est la force publique qui a délogé les villageois de TIGNES qui s’étaient réfugiés dans les caves des habitations. Mais le barrage s’est fait.

Le 2 décembre 1959 restera comme une pierre noire dans l’histoire des barrages en France. La catastrophe du barrage de Malpasset qui fit 423 morts est là pour rappeler que les barrages sont des équipements qui peuvent être très dangereux. Dans le cas de ce barrage, le plus mince d’Europe à l’époque, ce n’est pas le barrage voûte qui a lâché mais la structure géologique sur laquelle il s’appuyait.

Avec le gigantesque barrage en terre de Serre-Ponçon (1961), ces risques sont écartés et pour faire oublier MALPASSET on dédie au barrage et au village de SAVINES une chanson et un film ! (L’eau vive)

En 1980 la crue de la Loire et les huit morts de Brive-Charansac redonnent un coup de fouet à la « barragite ». On construit en amont de Roanne le barrage de Villerest qui noie les gorges de la Loire en aval de Balbigny et surtout il est prévu de construire en amont du Puy le barrage de Serre-de-la-Fare. Il a fallu un combat incessant de presque dix ans, et 22 % des voix pour les représentants écologistes aux élections du Puy-en-Velay, pour que l’association LOIRE VIVANTE soit récompensée. Le projet de barrage est annulé le 31 juillet 1990.

En 1995, pour la première fois un barrage industriel de Kermansquillec est effacé sur le Léguer. Cette opération est considérée par les autorités locales comme une réussite exemplaire.

Si en 1998 l’effacement du barrage de Saint-Etienne-du-Vigan, n’a pas provoqué de réactions majeures de la part du public, à l’exception de la satisfaction des défenseurs du saumon et de l’Allier, il n’en est pas de même pour l’effacement de Maison-Rouge sur la Vienne. Dans ce cas une partie de la population a regretté la disparition du plan d’eau qui faisait partie de leur paysage quotidien.

Avec les barrages de Vezins et de La-Roche-qui-Boit, nous sommes confrontés à cette situation nouvelle et compréhensible. Les gens ont oublié la rivière et se sont habitués à la présence d’un plan d’eau.

Aujourd’hui lorsqu’un équipement industriel n’a plus d’utilité, ni d’usage, son propriétaire doit remettre en état ou aménagé le site sur lequel il est implanté : transformation de friche industrielle, réhabilitation des terrils des mines du Nord par exemple.

Dans le cas d’un barrage sur une rivière, la réhabilitation doit passer par la restauration du cours ancien de la rivière et du rétablissement de la continuité du fleuve. Cette réhabilitation est d’autant plus forte que la rivière est fréquentée par des espèces migratrices et que les ouvrages sont des obstacles infranchissables.

Tributaires de la Baie du Mont-Saint-Michel, mondialement connue, la réhabilitation de la Sélune montre le caractère réversible des aménagements qui ont fait leur temps. Rendre à la rivière son aspect originel, c’est tendre vers un bon état écologique, c’est-à-dire l’état qui permet la satisfaction de l’ensemble des usages liés à l’eau au moindre coût pour les collectivités.

C’est la raison de la participation à cette manifestation de l’AIDSA, fidèle a ses missions.

Jean ALLARDI, Président de l’AIDSA