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Les saumons de la Vienne

Les saumons de la Vienne

Pourquoi n’y aurait-il pas des saumons dans la Vienne aujourd’hui puisqu’il y en avait hier, c’est la question que l’on se pose à la lecture du rapport de Lucile MAZEAU [1]

Dans ce travail très bien documenté, on peut trouver la triste histoire d’une superbe rivière qui fut à la belle époque un affluent de la Loire aussi puissant que l’Allier, puisqu’on estime que la Vienne fournissait à elle seule un tiers des saumons capturés dans le bassin ligérien. Une histoire exemplaire aussi car dans le cas de la Vienne, il est certain que la seule cause de disparition des grands migrateurs fut simplement l’accumulation de barrages infranchissables qui, de Chatellerault à l‘Isle-Jourdain, ont affecté, puis interdit le passage des poissons vers les frayères. Commencé au début du 19ème siècle, ce déclin fut achevé dans les années 30 où les derniers saumons cessèrent définitivement de se montrer. On commença alors à se raconter les histoires du bon vieux temps, époque où les heureux propriétaires d’écluses et les braconniers capturaient bon an mal an cinq mille saumons, ce qui améliorait leur ordinaire... Mais tout n’est pas perdu. Une certaine volonté se fait jour, ainsi qu’on a pu le voir lors de l’arasement du barrage de Maison-Rouge qui a redonné vie à l’axe Creuse-Gartempe. Les eaux de la Vienne sont de bonne qualité. Les frayères potentielles sont très nombreuses, et les affluents comme la Glane, la Briance, l’Aixette, le Taurion ou la Maulde pas trop abimés. Demeure la question des barrages, petits et grands, au nombre de 127. Parmi les plus imposants, les complexes de Chatellerault et de l’Isle-Jourdain ont déjà fait l’objet d’aménagements qui, peu efficaces au départ, ont cependant permis le passage et l’observation d’une poignée de migrateurs. Les petits barrages, en réalité des seuils alimentant des microcentrales quasiment au fil de l’eau, sont parfois équipés de passes. La plupart sont en mauvais état, et donc potentiellement franchissables. Le doute subsiste néanmoins pour deux ou trois douzaines d’entre eux. Il suffit de voir la Vienne rouler ses eaux aux environs de Limoges, une capitale régionale qui n’a pas réussi à la polluer complètement, et d’aller faire un petit tour au pied du plateau de Millevaches où elle prend sa source, pour comprendre qu’il y a un objectif très réalisable et pas trop utopique : la réintroduction du saumon dans cette belle rivière.

Le Secrétaire, Frédéric Mazeaud, le 6 septembre 2007

Lucile MAZEAU : Modélisation de la remontée du saumon Atlantique sur la Vienne. contact : www.geonat.com