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Premier retour sur " La Rochelle" et la vie marine du saumon, en attendant les actes du symposium...

Premiers retours sur le symposium de la Rochelle

L’Organisation pour la conservation du saumon dans l’Atlantique Nord (Ocsan) et le Centre international pour l’exploration de la mer (Ciem) ont organisé du 11 au 13 octobre un symposium international à La Rochelle sur le thème de la vie marine du saumon. L’AIDSA y était, représentée par son président Jean ALLARDI et par son Vice-Président Jean-Paul CŒURET.

Un auditoire de 130 chercheurs et spécialistes du saumon et des océans à l’aquarium de La Rochelle

Les actes n’étant pas encore parus, voici un premier retour de Jean-Paul Cœuret.

-  Le thème : la vie marine du saumon, résultats des dernières recherches et leurs implications dans la gestion des stocks.

-  Les organisateurs : l’Ocsan (ou Nasco) et le Ciem (ou ICES)

-  Les participants : environ 130 chercheurs, chercheuses, scientifiques et gestionnaires qui ont échangé leurs expériences et observations sur la survie ou plutôt sur les causes de mortalité du saumon en mer.

Bien sûr, notre sujet, c’est Salmo salar, mais l’essentiel des problèmes concerne aussi ses cousins du Pacifique et l’on a pu constater que causes et effets y suivent les même pentes, déclinantes hélas, car il y avait aussi des intervenants de la côte ouest des États-Unis.

D’abord, on ne parlait qu’anglais, car il semblerait qu’il n’y a que dans les pays anglo-saxons qu’on se sente concerné et qu’on cherche... Aussi, vous excuserez mes faiblesses, tant en anglais qu’en génétique, ichtyologie, climatologie, océanographie, chimie des océans et autres sciences... Je ne parle donc que de ce que j’ai compris ou cru comprendre...

J’ai noté que c’est la Fondation TOTAL qui finance le Nasco et ce congrès qui se tenait dans une salle du très bel Aquarium de La Rochelle. Hormis notre président, je n’y ai rencontré comme personnes connues (de moi) que Malcom Windsor, Patrick Martin directeur du conservatoire du saumon sauvage (qui produit notamment des petits saumons pour le repeuplement) et Gilles Euzenat de l’Onema, Normandie-côte d’Opale.

Sur les exposés : tous très intéressants et il se confirme bien qu’une cause essentielle de nos malheurs découle des évolutions climatiques, dont le réchauffement qui impacte de manière mesurable (et mesurée) les espaces de croissance des saumons, tant dans le Pacifique qu’en Atlantique. Donc la température, la salinité et l’acidité des eaux et par conséquent la masse du plancton végétal et animal, dont les copépodes, de petits crustacés planctoniques, puis toute la chaîne alimentaire et autres poissons fourrages qu’ils affectionnent pour se nourrir. Leurs zones de prédilection remontent donc lentement vers le nord et une inflexion des courbes se situe entre les années 70 et 80. Et comme tout cela se cumule aux prélèvements des pêches industrielles en mer, aux pollutions diverses et autres obstacles à terre où les fleuves reçoivent de moins en moins d’eau au long cours et connaissent des à-sec aussi bien que des excès ravageurs. Tout cela est mesuré et démontré par de nombreuses observations.

Les extrapolations et certaines projections pour le siècle amorcé sont pessimistes (moi aussi à la sortie, mais je ne serai plus là pour vérifier... !)

Parmi les mesures : celles de la taille des post-smolts dont les dimensions moyennes ont régressé de 30 à 40 % en 35 ans, ces mesures étant corrélées par la lecture des écailles qui permettent de bien situer l’âge des saumons et pour lesquelles on a des historiques fiables.

Et puis, la température des eaux marines est contrôlée, même par les satellites qui permettent de dessiner des courbes dont les contours saisonniers migrent inexorablement de centaines de kilomètres vers le nord. La masse des poissons fourrages est corrélée aussi à l’effondrement des stocks et des tailles moyennes, etc.

Il y a heureusement quelques propos encourageants émanant de passionnés comme nous, qui essaient d’énumérer un tas d’actions positives... à mener bien sûr ! Mais ne s’agit-il pas là de seules incantations ?

Voilà, je m’en tiens à cet avis ou à ces premières impressions fortes.

Jean-Paul CŒURET, Vive-Président de l’AIDSA

La salle de congrès

La Rochelle, les premières conclusions du Professeur Ken Whelan, directeur du projet SALSEA

En attendant les actes du colloque, le Professeur Ken Whelan, qui préside l’International Atlantic Salmon Research Board, nous a aimablement transmis ses premières conclusions.

Au cours des deux dernières décennies, c’est une proportion toujours plus grande de saumons qui meurent dans l’Atlantique nord au cours de leur migration vers les zones d’engraissement.

Le sommet du saumon à La Rochelle, nous permet de mieux appréhender les causes de cette sur-mortalité. Le fruit des recherches présentées à ce sommet montre l’intérêt du partage de l’expérience et de la mise en commun des moyens d’investigation.

Pour la toute première fois dans l’histoire de la science liée au saumon, la coordination dans le temps et l’espace de la Recherche nous a fourni des données synchrones et transatlantiques sur les cohortes individuelles de saumons et sur le pistage des post-smolts dans l’immensité de l’océan.

Ce travail a impliqué un effort coordonné et concerté de recherche pour voir clair dans les migrations, les routes correspondant aux divers stocks génétiques, les analyses d’isotopes, la lecture des écailles, les techniques de prélèvements pélagiques, autant d’outils qui permettent de mieux comprendre les facteurs déterminant la vie et la mort du saumon atlantique en mer.

Le programme SALSEA-MERGE a fourni au Ciem une importante base de données relatives au saumon. Cette base comporte plusieurs composantes liées entre elles : biologie, physico-chimie, océanographie, écailles et génétique. On espère qu’à l’avenir, les chercheurs vont continuer à alimenter cette base et l’adopter comme site d’hébergement pour le stockage et le partage des informations.

Grâce à ce sommet, on comprend mieux la position et le rôle du saumon atlantique dans l’écosystème marin. Le saumon est un membre à part entière de la grande famille des poissons pélagiques. Toute tentative de gestion des stocks de cette famille implique qu’on doive impérativement tenir compte de la composante poissons migrateurs.

Nous avons l’ambition de toujours mieux comprendre la vie du saumon atlantique en mer. Il faut maintenant analyser ce qui se passe pendant les dernières années de vie océanique.

Où vont les poissons pendant leur première année de mer, et pourquoi ?

Qu’est-ce qui différencie les 1 MSW qui vont maturer après un hiver de mer de ceux qui vont rester en mer un ou deux ans de plus ? Il faut se pencher sur le destin des poissons qu’on trouve en mer d’Irminger et d’une manière générale à l’Est du Groenland dont le rôle dans le recrutement des stocks est mal connu. Étudions aussi les zones océaniques ou la survie du saumon est mauvaise afin de savoir pourquoi.

Voici quelques messages importants :

-  Intéressons nous plus aux poissons qui ont des problèmes qu’à ceux qui reviennent en bonne santé sur nos côtes et dans nos rivières. Quelles sont les causes de la mortalité ?

-  Le saumon moyen est un saumon mort : 95 % des smolts meurent en mer pendant leur première année.

-  Cette mortalité est due à de nombreux facteurs. Ces facteurs sont répandus dans tout l’Atlantique nord.

-  Les smolts, dans leur migration, doivent affronter des courants contraires sans pour autant perdre la direction de leur destination.

-  Les saumons plongent à 800 ou 900 mètres en hiver, sous la thermocline, et où ils peuvent rester jusqu’à 24 heures.

-  Si la ressource alimentaire est déficiente, la croissance est réduite, et les post-smolts passent plus de temps à chercher des proies, ce qui les rend eux-mêmes plus vulnérables.

-  Quand des changements se sont fait sentir dans l’écosystème océanique, un système à forte inertie, il faut longtemps pour que les choses reviennent à la normale.

-  L’âge moyen du smolt diminue en certains endroits, et les smolts qui migrent dans les océans sont de plus en plus petits, ce qui compromet leur survie.

-  La sélection naturelle a un coût. Plus l’adaptation nécessaire est grande, plus ce coût est grand.

-  Nos stocks de saumons d’aujourd’hui sont le produit de la sélection naturelle d’hier.

-  Réduire l’impact de l’homme sur nos stocks pourrait être la clé de leur survie.

Ken WHELAN, président de l’International Atlantic Salmon Research Booard

Traduit de l’Anglais par Frédéric MAZEAUD

La mer d’Irminger