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Saint-Pierre et Miquelon et ses saumons... canadiens !

Saint-Pierre et Miquelon et ses saumons... canadiens

Le cru 2011 du feuilleton Saint-Pierre et Miquelon est bon : enfin du nouveau ! On s’est en effet décidé à faire ce qu’il fallait, c’est à dire à rechercher l’origine génétique des saumons capturés dans ce petit coin de « France ».

Rappelons d’abord comment les choses se passent là-bas.

Hormis le tourisme, la seule ressource propre du petit archipel est la pêche. C’est ainsi qu’en 2010, les professionnels ont pris 205 saumons avec leurs filets. Comme il n’y a rien à faire le dimanche, les îliens se distraient ... en pêchant. Cette même année, ils ont donc attrapé 768 saumons. On remarque tout de suite le côté inattendu de la situation : les « amateurs », qui mettent 57 bateaux à la mer, font trois plus fort que les professionnels ! Le poids total des prises était en 2010 de 2,7 tonnes contre 3,4 chacune des deux années précédentes.

Le volume de ces prises déplait aux américains qui font remarquer qu’il correspond à la population totale de la seule grande rivière à saumons qu’il leur reste, la Penobscot (fleuve de 563 km de long, se jetant au centre de l’état du Maine au sud-ouest de la baie de Fundy) et qu’il compromet les efforts de repeuplement d’autres rivières comme la Connecticut où les dollars investis dans les plans saumon se comptent par dizaines de millions, sans grand résultat. Les Canadiens ne sont pas de meilleure humeur, puisque nos petites îles sont à quelques kilomètres de Terre-Neuve et de ses saumons, et au milieu du passage qui permet aux migrateurs de rejoindre le golf du Saint-Laurent.

Sous l’égide de l’Ocsan, les mécontents ont donc réclamé des études, et cela depuis vingt ans. On leur a servi mollement des informations sans intérêt réel, la France n’ayant pas envie que l’on en sache trop et trop vite sur ce qui pourrait passer pour du brigandage des poissons d’autrui. Mais la vérité éclate enfin, et l’Ifremer local nous apprend qu’en 2010, 51 saumons ont été clipsés de leur adipeuse à fin d’analyses ADN. Résultat : 6 % des poissons sont bien d’origine américaine, les 94 % restants étant canadiens. On apprend même qu’en 2004, un premier résultat plus ou moins secret montrait que sur 25 poissons, tous étaient canadiens.

Les Français de l’archipel piratent donc les saumons de leurs voisins, ce qui était prévisible. Quoi faire, voilà qui va alimenter quelques conversations dans les temps à venir. Interdire la pêche au saumon est quasiment impossible, amateurs et professionnels prennent dans leurs filets d’autres poissons, et rejeter les saumons capturés par hasard est inutile car ils sont moribonds. Restreindre, la pêche, c’est déjà fait, il y a des périodes où elle est permise et d’autres où elle ne l’est pas. Alors ?

Frédéric MAZEAUD